Le marché des titres publics de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), piloté par UMOA-Titres, a connu une semaine particulièrement intense du 4 au 8 mai 2026. Au total, cinq États membres ont mobilisé 590,20 milliards FCFA, dépassant ainsi l’objectif initial fixé à 581,68 milliards FCFA. Face à cette demande, les investisseurs ont soumis près de 705,95 milliards FCFA, portant le taux de couverture global à 121 %, tandis que le taux d’absorption s’est établi à 84 %. Derrière ces chiffres se cache toutefois une dynamique bien plus marquante : le Niger a largement dominé le marché cette semaine, concentrant à lui seul près des deux tiers des montants levés. Les obligations continuent de dominer le marché Les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) ont une nouvelle fois largement dominé les émissions. Elles représentent 520,98 milliards FCFA, soit 88,27 % des montants retenus, contre seulement 69,23 milliards FCFA pour les Bons Assimilables du Trésor (BAT), équivalant à 11,73 %. Cette orientation confirme une tendance désormais bien installée dans la zone UMOA : les États privilégient de plus en plus les financements de long terme afin d’allonger la maturité de leur dette publique. Dans ce contexte, le Niger s’est particulièrement distingué. Habituellement considéré comme un émetteur de taille modeste avec des rendements élevés, le pays s’est imposé cette semaine comme l’acteur central du marché régional. Guinée-Bissau : une légère hausse du coût de financement La semaine a débuté le 4 mai avec la Guinée-Bissau, qui recherchait 15 milliards FCFA. Le pays a reçu 17,66 milliards FCFA de soumissions, soit un taux de couverture de 118 %. Finalement, 15 milliards FCFA ont été retenus, correspondant à un taux d’absorption de 85 %. L’opération s’est répartie entre des BAT à 364 jours offrant un rendement moyen pondéré de 5,94 % et des OAT à 3 ans rémunérées à 8,42 %. Cette dernière performance attire particulièrement l’attention, car elle marque une progression de 27 points de base par rapport à l’émission précédente du 27 avril. Cela traduit une exigence plus élevée des investisseurs vis-à-vis du risque associé à l’émetteur bissau-guinéen. Côte d’Ivoire : priorité affirmée au long terme Le 5 mai, la Côte d’Ivoire a mobilisé 110 milliards FCFA, au-dessus de son objectif initial de 100 milliards FCFA. Les soumissions ont atteint 168,69 milliards FCFA, soit un taux de couverture de 169 %, tandis que le taux d’absorption s’est établi à 65 %. L’analyse des différentes tranches montre clairement la stratégie du Trésor ivoirien. Les OAT à 5 ans ont été entièrement absorbées pour un montant de 83,53 milliards FCFA avec un rendement de 7,06 %. En revanche, les BAT à 364 jours ainsi que les OAT à 3 ans n’ont été retenus qu’en partie, avec des taux d’absorption respectifs de 22 % et 41 %. Cette approche illustre la volonté d’Abidjan de privilégier les financements de plus longue durée. Burkina Faso : le rejet des BAT devient une stratégie assumée Le 6 mai, le Burkina Faso a poursuivi sa stratégie déjà observée ces dernières semaines : le rejet total des BAT à 364 jours. Les 35,23 milliards FCFA de soumissions sur cette tranche ont été entièrement écartés. Le pays a uniquement retenu des OAT pour un montant total de 49,50 milliards FCFA, dépassant ainsi son objectif initial de 45 milliards FCFA. Le taux de couverture a atteint 214 %, tandis que le taux d’absorption s’est établi à 51 %. Les rendements obtenus se sont élevés à : • 7,28 % pour les OAT à 3 ans ; • 7,24 % pour les OAT à 5 ans ; • 7,38 % pour les OAT à 7 ans. Cette politique traduit une orientation claire de Ouagadougou : réduire progressivement la dépendance au financement de court terme et privilégier une dette plus longue. Niger : une opération exceptionnelle qui change la donne Le 7 mai, le Niger a marqué le marché régional avec une levée spectaculaire de 386,68 milliards FCFA, intégralement couverte et absorbée. L’opération s’est répartie sur quatre maturités allant de 364 jours à 5 ans. Une part importante des montants provenait d’Offres Non Compétitives, représentant 96,67 milliards FCFA, soit environ 25 % du total. Cette structure rapproche l’opération d’une émission de gré à gré organisée. Les rendements proposés figurent parmi les plus élevés de la zone : • 9,84 % pour les BAT à 364 jours ; • 9,20 % pour les OAT à 2 ans ; • 9,19 % pour les OAT à 3 ans ; • 9,50 % pour les OAT à 5 ans. Ces niveaux reflètent la prime de risque toujours associée à l’économie nigérienne. Dans le même temps, Niamey a également procédé au rachat de 59,71 milliards FCFA de titres courts, notamment des BAT à 21 et 35 jours ainsi que des OAT à 53 et 118 jours. Cette opération confirme la volonté des autorités nigériennes de gérer activement leur dette et de réorganiser leur profil de remboursement. Sénégal : une approche plus sélective Le Sénégal a clôturé la semaine avec une opération plus prudente. Sur un objectif de 35 milliards FCFA, les investisseurs ont répondu à hauteur de 104 % de la cible. Toutefois, le Trésor sénégalais n’a retenu que 29,03 milliards FCFA, soit près de 6 milliards FCFA en dessous de son objectif initial. Le taux d’absorption ressort ainsi à 79 %. Dans le détail : • les BAT à 364 jours ont été entièrement retenus pour 19,21 milliards FCFA à un rendement moyen de 6,88 % ; • les OAT à 5 ans ont également été totalement absorbées pour 3,20 milliards FCFA à 7,73 % ; • les OAT à 3 ans ont subi un rejet partiel important, avec seulement 46,85 % des offres retenues et 7,50 milliards FCFA écartés, malgré un rendement de 8,07 %. Cette sélectivité traduit une volonté du Sénégal de maîtriser davantage le coût de son financement dans un contexte régional où les rendements restent sous pression.