Il y a des entrepreneurs qui créent une entreprise pour répondre à une opportunité de marché. Et puis il y a ceux qui entreprennent parce qu’ils ne supportent plus de voir un problème rester sans solution.

Fatoumata Dembélé appartient clairement à la seconde catégorie.

Ingénieure en Génie Mécanique et Énergétique, fondatrice et 𝐂𝐄𝐎 𝐝𝐞 𝐍𝐲𝐞́𝐥𝐞́𝐧𝐢 𝐃𝐞𝐯, porteuse de l’initiative 𝐃𝐫𝐞𝐩𝐚𝐇𝐨𝐩𝐞, ambassadrice d’un camp de codage destiné aux jeunes filles dans 15 pays africains et coordinatrice continentale, elle a choisi de faire de la science et de l’innovation des instruments directement connectés aux réalités sociales et environnementales du continent.

Son credo est simple : 𝐚𝐩𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐧𝐞 𝐬𝐮𝐟𝐟𝐢𝐭 𝐩𝐚𝐬. 𝐈𝐥 𝐟𝐚𝐮𝐭 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐨𝐧 𝐚𝐩𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝 𝐞𝐧 𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧.

D’une indignation à une entreprise technologique

L’histoire de Nyéléni Dev commence par une réalité aussi quotidienne que dramatique : des femmes exposées aux fumées toxiques des feux de bois, tandis que la pression exercée sur les ressources forestières continue de fragiliser les écosystèmes sahéliens.

Face à cette situation, Fatoumata Dembélé ne veut pas rester spectatrice.

Son raisonnement d’ingénieure devient alors un raisonnement d’entrepreneure : si le soleil est une ressource abondante dans le Sahel, pourquoi ne pas transformer cette énergie en une solution concrète pour les ménages ?

C’est dans cette logique que voient le jour 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐮𝐢𝐬𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐬𝐨𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐢𝐠𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐞́𝐪𝐮𝐢𝐩𝐞́𝐬 𝐝’𝐮𝐧 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐭𝐨𝐜𝐤𝐚𝐠𝐞 𝐭𝐡𝐞𝐫𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐧𝐨𝐦𝐞, conçus pour permettre de cuisiner proprement, y compris lorsque l’ensoleillement direct n’est plus disponible.

L’ambition dépasse donc la simple création d’un produit.

Il s’agit de répondre simultanément à plusieurs enjeux : réduire l’exposition aux fumées toxiques, préserver les ressources forestières, améliorer l’accès à une énergie propre et contribuer à l’autonomie des communautés.

Chez Nyéléni Dev, l’innovation n’est pas pensée comme une démonstration technologique. Elle doit résoudre un problème humain.

Commencer sans capital, mais avec une conviction

Comme beaucoup d’entrepreneurs africains, Fatoumata Dembélé n’a pas commencé avec les moyens d’un grand laboratoire. Pas de capitaux importants, pas de certitudes, pas de chemin balisé.

Elle avait ses cours, des calculs griffonnés sur des bouts de papier, des nuits blanches et surtout une conviction suffisamment forte pour continuer malgré les doutes.

Les premiers prototypes sont développés avec les moyens disponibles.

Et les sceptiques ne manquent pas. Trop jeune. Trop ambitieuse. Trop idéaliste. Trop audacieuse pour s’attaquer à des technologies complexes. 

Mais derrière les prototypes imparfaits et les premiers essais techniques se construit progressivement quelque chose de plus important qu’un produit : 𝐮𝐧𝐞 𝐩𝐨𝐬𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐞𝐧𝐞𝐮𝐫𝐢𝐚𝐥𝐞.

Celle d’une jeune femme qui refuse de considérer son âge ou son environnement comme une limite définitive.

Le véritable défi : convaincre qu’une femme peut aussi construire la technologie

Pour Fatoumata, les équations n’ont finalement pas été le plus difficile. Le véritable combat a été humain. Évoluer dans un univers technologique et industriel largement masculin signifie parfois devoir démontrer davantage sa compétence, sa légitimité et sa capacité à diriger, tout en affrontant les échecs techniques des premiers prototypes, les moments de solitude et le poids du doute.

Mais ces difficultés ont progressivement renforcé sa détermination. Chaque obstacle est devenu une occasion d’apprendre, de progresser et de repousser ses propres limites, plutôt qu’une raison de renoncer.

𝐑𝐞𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫, 𝐞𝐱𝐩𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞-𝐭-𝐞𝐥𝐥𝐞, 𝐚𝐮𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐬𝐢𝐠𝐧𝐢𝐟𝐢𝐞́ 𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐝𝐨𝐬 𝐚𝐮𝐱 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐞́𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬𝐪𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐜̧𝐮𝐞𝐬. Cette conviction constitue aujourd’hui l’un des moteurs de son parcours : 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐛𝐬𝐭𝐚𝐜𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐧 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫𝐬, 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐞́𝐯𝐞́𝐫𝐞𝐫 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐢𝐜𝐮𝐥𝐭𝐞́𝐬 𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞𝐫 𝐚̀ 𝐛𝐚̂𝐭𝐢𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐭𝐞𝐜𝐡𝐧𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐜𝐚𝐩𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞́𝐩𝐨𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐫𝐞̀𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐧 𝐞𝐧𝐯𝐢𝐫𝐨𝐧𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭.

Le jour où la reconnaissance est devenue un accélérateur

Le parcours de Fatoumata Dembélé commence à attirer l’attention. Ses innovations et ses initiatives sont reconnues par le 𝐏𝐍𝐔𝐃 et distinguées lors de 𝐥’𝐎𝐫𝐚𝐧𝐠𝐞 𝐒𝐮𝐦𝐦𝐞𝐫 𝐂𝐡𝐚𝐥𝐥𝐞𝐧𝐠𝐞 et du 𝐌𝐚𝐥𝐢𝐛𝐨𝐭𝐬 𝐂𝐡𝐚𝐥𝐥𝐞𝐧𝐠𝐞.

Son engagement lui vaut également d’être sélectionnée comme 𝐂𝐡𝐚𝐦𝐩𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐘𝐨𝐮𝐭𝐡𝟒𝐂𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭𝐞. Au-delà de ces distinctions, ces reconnaissances confirment une conviction essentielle : les solutions développées depuis le Sahel peuvent dépasser leurs frontières d’origine.

Elles renforcent aussi sa vision de l’innovation africaine : la jeunesse africaine peut créer, les femmes africaines peuvent diriger et les solutions conçues pour répondre aux réalités du continent peuvent contribuer aux défis mondiaux.

De l’énergie à la santé : une même philosophie

L’univers de Fatoumata Dembélé ne se limite pas à l’énergie. Avec 𝐃𝐫𝐞𝐩𝐚𝐇𝐨𝐩𝐞, elle s’engage également dans le domaine de la santé à travers la lutte contre la drépanocytose.

À première vue, ingénierie énergétique et santé semblent appartenir à des univers différents. Pour Fatoumata, ils répondent pourtant à une même philosophie : partir d’un problème concret, mobiliser la technologie et concevoir une solution accessible, utile et adaptée aux réalités du terrain.

Cette approche se retrouve également dans son engagement face aux risques climatiques avec 𝐀𝐥𝐞𝐫𝐭’𝐈. À travers ces initiatives, elle explore différents domaines avec une même volonté : utiliser l’innovation pour répondre à des défis qui touchent directement les populations.

Derrière son parcours se dessine ainsi un fil conducteur clair : pour Fatoumata, la technologie ne doit pas rester confinée aux laboratoires ou aux prototypes. Elle doit sortir des cadres théoriques, entrer dans la vie réelle et devenir un véritable outil au service des communautés.


Une ambition qui dépasse une entreprise

Aujourd’hui, son ambition dépasse largement la croissance de Nyéléni Dev.

Fatoumata Dembélé veut contribuer à faire émerger une nouvelle génération africaine de bâtisseurs technologiques.

Son engagement panafricain en témoigne : elle agit comme ambassadrice d’un camp de codage destiné aux jeunes filles dans 15 pays africains et participe à la coordination de projets stratégiques touchant 12 pays.

Le message est clair.

Il ne suffit pas de parler d’autonomisation des jeunes filles. Il faut leur donner les compétences, les outils, les modèles et la confiance nécessaires pour qu’elles deviennent elles-mêmes les créatrices des solutions de demain.

Faire du Sahel un producteur de progrès

Sa vision à cinq ans est particulièrement ambitieuse.

Fatoumata Dembélé imagine un Sahel capable de franchir un véritable cap industriel et technologique.

Elle rêve d’une région sahélienne devenant un carrefour vert et industriel, capable de concevoir ses propres technologies au lieu de se limiter à importer les innovations produites ailleurs.

Dans cette vision, Nyéléni Dev doit jouer un rôle moteur.

Les cuiseurs solaires intelligents ne seraient alors plus seulement des prototypes prometteurs, mais des solutions déployées à grande échelle à travers le continent.

L’enjeu est donc plus vaste qu’une entreprise.

Il s’agit de participer à une transformation du modèle de développement : passer du statut de consommateur de technologies à celui de producteur de solutions.

L’héritage qu’elle veut laisser

Lorsqu’on lui demande quel impact elle souhaite laisser, Fatoumata ne répond pas uniquement en termes de chiffre d’affaires, de parts de marché ou de valorisation.

Elle parle de poumons préservés des fumées toxiques. D’arbres sauvés dans le Sahel.

De patients drépanocytaires accompagnés.

Mais surtout, elle parle d’une autre forme d’impact, plus difficile à mesurer : 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐚𝐫𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐫𝐨𝐠𝐫𝐞𝐬𝐬𝐢𝐯𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐛𝐚𝐫𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐥𝐞.

Celle qui fait croire à une jeune fille africaine que certaines carrières, certaines responsabilités ou certains sommets ne sont pas faits pour elle.

Son ambition est de lui démontrer exactement le contraire.

Une femme africaine peut devenir ingénieure. Elle peut créer une technologie. Elle peut diriger une entreprise. Elle peut innover pour son continent. Et elle peut porter cette innovation jusqu’aux plus grandes scènes internationales.

« 𝑵’𝒂𝒕𝒕𝒆𝒏𝒅𝒆𝒛 𝒋𝒂𝒎𝒂𝒊𝒔 𝒍𝒂 𝒑𝒆𝒓𝒎𝒊𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆 𝒃𝒓𝒊𝒍𝒍𝒆𝒓 »

Au fond, le parcours de Fatoumata Dembélé raconte une histoire qui dépasse l’ingénierie.

C’est l’histoire d’une jeune femme qui a décidé de ne pas attendre d’avoir toutes les ressources, toutes les réponses ou toutes les autorisations pour commencer.

Elle a commencé avec ce qu’elle avait : ses compétences, sa vision, quelques prototypes et une conviction profonde.

Aujourd’hui, elle porte une ambition beaucoup plus grande : contribuer à faire du Sahel un territoire où l’innovation est conçue, développée et industrialisée localement.

Son message à la nouvelle génération résume cette philosophie :

« 𝑁’𝑎𝑡𝑡𝑒𝑛𝑑𝑒𝑧 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑎 𝑝𝑒𝑟𝑚𝑖𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑏𝑟𝑖𝑙𝑙𝑒𝑟 : 𝑙’𝑎̂𝑔𝑒 𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑢𝑛𝑒 𝑙𝑖𝑚𝑖𝑡𝑒, 𝑐’𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑓𝑜𝑟𝑐𝑒 𝑖𝑚𝑚𝑒𝑛𝑠𝑒. »

Pour Fatoumata Dembélé, la technologie n’a finalement de valeur que lorsqu’elle dépasse la prouesse technique pour toucher une vie, soulager une douleur ou résoudre un problème humain.

C’est peut-être là que se trouve la véritable ambition de Nyéléni Dev : ne pas simplement inventer des technologies, mais construire, à partir des réalités africaines, les solutions dont l’Afrique et le monde auront besoin demain.

Site : www.nyeleni-dev.com

Alerti : www.alertinondation.com