Un salaire gagné à Paris. Une partie des revenus économisée à Milan. Quelques centaines de dollars mis de côté à New York. Puis un transfert envoyé à Bamako, Dakar, Abidjan ou Niamey.

Ces opérations se répètent chaque jour à travers les agences de transfert d’argent, les plateformes numériques et les services de mobile money. À l’échelle individuelle, il s’agit souvent de sommes destinées à répondre à des besoins très concrets. À l’échelle régionale, l’addition atteint plusieurs milliards de dollars.

Les dernières données publiées par le Fonds international de développement agricole (FIDA) dans son rapport Sending Money Home 2026 permettent de mesurer l’ampleur de cette économie transnationale.

En 2025, les sept pays de l’UEMOA pour lesquels le FIDA dispose de données ont reçu au total près de 7,9 milliards de dollars, soit environ 4 600 milliards de FCFA, provenant de leurs diasporas.

Une somme considérable, qui contribue directement aux revenus de nombreux ménages et constitue également une source importante de devises pour plusieurs économies de la région.

Un flux financier très inégalement réparti

La première caractéristique de ces transferts est leur concentration.

Le Sénégal arrive largement en tête avec 3,3 milliards de dollars reçus en 2025. Le pays concentre ainsi plus de 40 % des transferts recensés pour les États de l’UEMOA couverts par les données du FIDA.

Cette position s’inscrit dans un contexte migratoire marqué par une importante diaspora sénégalaise, notamment présente en France, en Italie et en Espagne, mais également aux États-Unis et dans les pays du Golfe.

Pour l’économie sénégalaise, ces sommes représentent un flux particulièrement significatif : les transferts de la diaspora équivalent à environ 11 % du PIB du pays.

La Côte d’Ivoire occupe la deuxième place avec 1,77 milliard de dollars, tandis que le Mali arrive en troisième position avec 1,07 milliard de dollars.

Le classement se poursuit avec le Niger, à 650 millions de dollars, le Burkina Faso, à 595 millions, le Bénin, à 339 millions, et la Guinée-Bissau, à 217 millions de dollars.

Le Togo n’est pas intégré à cette comparaison, le FIDA ne disposant pas de données consolidées pour le pays dans les tableaux concernés.

La Côte d’Ivoire change d’échelle

Les montants de 2025 racontent une partie de l’histoire. Leur évolution depuis 2016 révèle un phénomène encore plus marqué.

La Côte d’Ivoire enregistre une hausse de 417 % des transferts reçus entre 2016 et 2025. En neuf ans, les sommes envoyées par la diaspora vers le pays ont donc été multipliées par plus de cinq.

Cette progression est la plus spectaculaire enregistrée parmi les pays de l’UEMOA présentés dans les données du rapport.

Le Niger affiche également une évolution importante, avec une progression de 269 % sur la même période.

Le Mali, malgré son histoire migratoire ancienne, présente une croissance nettement plus modérée : 29 % entre 2016 et 2025.

Ces écarts montrent que l’importance des transferts ne dépend pas uniquement du nombre de ressortissants vivant à l’étranger. Elle est également liée à l’évolution des communautés migrantes, à leurs revenus, à leur implantation dans les pays d’accueil et à leur capacité à transférer de l’argent vers leur pays d’origine.

Une dynamique africaine portée par plusieurs milliards de dollars

Le phénomène des transferts de diaspora ne concerne évidemment pas uniquement l’UEMOA.

À l’échelle mondiale, les pays à revenu faible ou intermédiaire ont reçu 728,6 milliards de dollars en 2025.

L’Afrique en a capté 124,2 milliards de dollars, contre 66,9 milliards en 2016. En neuf ans, les transferts vers le continent ont donc progressé de 86 %.

Mais la progression africaine doit être replacée dans un contexte mondial plus large. Malgré cette hausse importante, la part du continent dans les transferts mondiaux est passée de 18 % en 2016 à 17 % en 2025.

L’Afrique du Nord demeure la première sous-région africaine bénéficiaire, avec 60,2 milliards de dollars, notamment grâce au poids des transferts reçus par l’Égypte.

L’Afrique de l’Ouest, en incluant le Nigeria et le Ghana, arrive derrière avec 36,1 milliards de dollars en 2025, contre 27,8 milliards en 2016.

Les 7,9 milliards de dollars de l’UEMOA représentent ainsi environ 22 % des transferts reçus par l’Afrique de l’Ouest.

Le coût des transferts recule

Envoyer de l’argent coûte aujourd’hui moins cher qu’il y a dix ans, même si la facture reste encore élevée.

Le FIDA estime que le coût moyen des transferts vers l’Afrique de l’Ouest est passé d’environ 7,2 % à 4,9 % du montant envoyé au cours de la dernière décennie.

Cette diminution s’explique notamment par la montée en puissance des solutions numériques et du mobile money. L’arrivée de nouveaux acteurs a renforcé la concurrence et contribué à réduire les coûts traditionnellement pratiqués par les réseaux physiques de transfert.

Le Sénégal, avec un coût moyen de 2,3 %, et le Mali, avec 2,6 %, figurent parmi les corridors les moins coûteux du continent selon les données citées par le FIDA.

La région reste toutefois au-dessus de la cible internationale fixée dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, qui vise un coût inférieur à 3 % du montant transféré.

Cette différence peut sembler faible en pourcentage. Sur plusieurs milliards de dollars, elle représente pourtant des sommes importantes qui ne parviennent pas aux familles bénéficiaires.

Quand l’argent de la diaspora arrive jusque dans les villages

L’un des enseignements importants du rapport est que ces milliards ne restent pas concentrés dans les grandes capitales.

À l’échelle africaine, environ 34 % des transferts reçus en 2025, soit près de 42 milliards de dollars, ont bénéficié aux zones rurales.

Dans ces territoires où les possibilités d’emploi formel et l’accès aux services financiers restent plus limités, les transferts jouent un rôle particulièrement concret.

Une partie de l’argent envoyé sert à financer la scolarité des enfants, les soins médicaux et les dépenses quotidiennes. Mais ces fonds peuvent également soutenir des activités économiques : achat d’intrants agricoles, investissements dans l’exploitation familiale, adoption de pratiques agricoles plus adaptées au climat ou constitution d’une épargne destinée à absorber les périodes difficiles.

Le transfert envoyé depuis l’étranger devient alors un véritable mécanisme de soutien économique pour les ménages.

De l’argent envoyé aux proches à un enjeu économique régional

Les 7,9 milliards de dollars reçus par les pays de l’UEMOA en 2025 racontent finalement une histoire qui dépasse largement celle des transferts familiaux.

Ils témoignent du poids économique croissant des diasporas et de leur capacité à soutenir directement les économies de leurs pays d’origine.

Pour les ménages, ces fonds peuvent représenter une source de revenus indispensable. Pour les économies nationales, ils constituent un flux financier extérieur significatif. Et pour les zones rurales, ils peuvent parfois faire la différence entre la simple consommation et le financement d’un projet agricole ou entrepreneurial.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’argent les diasporas envoient.

Elle est aussi de savoir comment transformer une partie de ces flux en capital durable, capable de financer davantage d’entreprises, d’activités agricoles, d’infrastructures et de projets créateurs de revenus.

Car derrière les 4 600 milliards de FCFA transférés vers l’UEMOA en 2025, il n’y a pas seulement des chiffres.

Il y a des familles qui se soignent, des enfants qui étudient, des exploitations qui investissent et, potentiellement, une épargne capable de participer davantage au développement économique de la région.

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