En quelques jours, Aliko Dangote a vu sa fortune estimée progresser de près de 20 milliards de dollars. Selon Forbes, le patrimoine du fondateur du groupe Dangote est passé de 31,4 à 51,3 milliards de dollars, à la faveur de l’entrée en Bourse de sa raffinerie pétrolière.

Cette progression spectaculaire ne signifie pourtant pas que le milliardaire a encaissé 20 milliards de dollars. Elle traduit principalement la réévaluation de la valeur de sa participation dans la raffinerie, désormais appelée à être valorisée à partir d’un prix de marché.

Cette nouvelle estimation fait passer Aliko Dangote de la 76ᵉ à la 36ᵉ place du classement mondial de Forbes. Il conserve par ailleurs sa position d’homme le plus riche d’Afrique, avec une fortune qui, selon Forbes, dépasse à elle seule celle des autres milliardaires nigérians réunis.

Une fortune construite sur l’industrie

L’ascension d’Aliko Dangote ne repose pas sur un seul secteur. Né dans le commerce, l’homme d’affaires a progressivement construit l’un des plus importants groupes industriels africains.

Fondé en 1981, le groupe Dangote s’est développé dans plusieurs activités stratégiques, notamment le ciment, le sucre, les engrais et l’énergie. Le ciment a joué un rôle déterminant dans la constitution de sa fortune. En 2010, l’introduction en Bourse de Dangote Cement avait déjà contribué à une importante revalorisation de son patrimoine.

Mais le projet qui transforme aujourd’hui son profil industriel est d’une tout autre dimension : la raffinerie de pétrole construite près de Lagos.

Avec plusieurs milliards de dollars investis dans cette infrastructure, Aliko Dangote a progressivement déplacé une partie importante de son empire vers l’énergie. La raffinerie, devenue opérationnelle en 2024, constitue désormais l’un des principaux actifs associés à sa fortune.

Une introduction en Bourse qui change la valorisation

L’évolution de la fortune de Dangote intervient alors que Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals ouvre son capital au public.

L’entreprise propose jusqu’à 4,1 milliards d’actions à 525 nairas l’unité, une opération susceptible de mobiliser environ 2 150 milliards de nairas, soit près de 1,6 milliard de dollars.

Les titres proposés représentent environ 3,3 % du capital de la raffinerie. L’offre, accessible notamment aux investisseurs individuels, doit se poursuivre jusqu’au 13 octobre, avant une cotation attendue en novembre sur la Nigerian Exchange (NGX).

Pour élargir l’accès à l’opération, le nombre minimum d’actions pouvant être souscrit a été fixé à 10, soit un investissement de 5 250 nairas au prix d’introduction.

Après l’émission des nouveaux titres, le nombre total d’actions devrait atteindre environ 124,23 milliards, contre 120,13 milliards auparavant. Sur la base du prix d’introduction, la capitalisation boursière post-opération est estimée à environ 65 220 milliards de nairas, soit près de 47,8 milliards de dollars.

Dangote conserve le contrôle

L’ouverture du capital ne remet pas en cause le contrôle du groupe sur la raffinerie.

Avant l’opération, Dangote Oil Refining Company détenait 65,84 % du capital et Dangote Industries 14,90 %, soit une participation cumulée de 80,74 %.

Parmi les autres actionnaires figurent notamment la compagnie pétrolière publique nigériane NNPC, avec 6,82 %, Greenview International avec 6,50 %, ainsi que des investisseurs issus du placement privé réalisé en juillet, représentant 5,95 %.

L’opération poursuit donc un double objectif : lever des capitaux tout en permettant à des investisseurs nigérians de prendre part à la création de valeur autour de cette infrastructure stratégique.

Aliko Dangote présente d’ailleurs cette ouverture du capital comme une manière de permettre à davantage d’investisseurs africains de devenir propriétaires d’une partie d’un grand actif industriel.

« Nous créons de la richesse pour d’autres personnes, comme Amazon ou Microsoft l’ont fait, mais pour une entreprise africaine », a déclaré le milliardaire à Forbes.

Une raffinerie aux dimensions hors normes

Implantée près de Lagos, la raffinerie de Dangote représente un investissement estimé à 20 milliards de dollars. Avec une capacité actuelle de 700 000 barils de pétrole par jour, elle est présentée comme la plus grande raffinerie d’Afrique.

Le groupe nourrit déjà une ambition supplémentaire : porter à terme sa capacité à 1,4 million de barils par jour.

Au-delà de sa taille, l’évolution financière de l’entreprise contribue également à renforcer sa valorisation. Au premier semestre 2026, la raffinerie aurait enregistré un bénéfice net de 1,82 milliard de dollars, contre une perte de 476 millions de dollars sur la même période un an auparavant, selon les données citées dans le texte.

La montée en puissance de l’outil industriel et l’évolution des marges sur certains produits pétroliers ont notamment contribué à cette amélioration.

Forbes et Bloomberg ne donnent pas la même estimation

La nouvelle valorisation de la fortune d’Aliko Dangote fait toutefois apparaître un écart important entre les principaux classements de milliardaires.

Forbes estime désormais son patrimoine à environ 51,3 milliards de dollars, tandis que Bloomberg le situe autour de 35,3 milliards de dollars. Bloomberg estime néanmoins que sa fortune pourrait atteindre 58,2 milliards de dollars une fois l’opération finalisée.

Cette différence s’explique notamment par les méthodes utilisées pour valoriser la raffinerie. Les deux organismes ont régulièrement affiché des estimations différentes concernant cet actif, particulièrement difficile à valoriser avant son entrée sur un marché coté.

L’introduction en Bourse apporte désormais un élément nouveau : un prix de référence déterminé par le marché.

Du ciment au pétrole, une nouvelle étape pour Dangote

Le parcours d’Aliko Dangote illustre ainsi une transformation progressive d’une fortune commerciale en un empire industriel diversifié.

Après avoir bâti sa puissance financière dans le ciment, puis développé ses activités dans le sucre et les engrais, le milliardaire nigérian place désormais le pétrole au centre d’une nouvelle phase de son groupe.

La raffinerie représente à la fois une infrastructure industrielle majeure pour le Nigeria et un actif déterminant dans la valorisation du patrimoine de son fondateur.

Avec son entrée en Bourse, une partie de cette valeur est désormais appelée à être accessible aux investisseurs. Pour Dangote, l’enjeu dépasse donc la seule augmentation de sa fortune : il s’agit également de transformer un projet industriel privé en un actif dont la création de valeur peut être partagée avec le marché.

Une nouvelle étape pour le groupe Dangote, mais aussi un signal fort sur la capacité des grands projets industriels africains à attirer les capitaux et à créer de nouveaux actifs cotés sur les marchés du continent.